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Le recteur de la Grande Mosquée de Paris reçoit Dilnur Reyhan et Gulbahar Jelilova et présente ses excuses à la diaspora ouïghoure

Le 9 septembre 2021, notre présidente, Dilnur Reyhan, et Gulbahar Jelilova, rescapée des camps chinois, ont été reçues par le recteur Chems-Eddine Hafiz de la Grande Mosquée de Paris. Ce dernier a présenté ses excuses pour le mal causé à la diaspora ouïghoure par les recteurs successifs. En septembre 2019 le recteur Dalil Boubakeur avait reçu une délégation officielle chinoise, et le 9 juillet 2021, l’actuel recteur a participé à une conférence en ligne organisée par l’Ambassade de la République populaire de Chine (RPC) à Paris.

La délégation avait été reçue par le recteur Dalil Boubakeur alors que la Grande Mosquée de Paris venait de refuser de faire une prière pour les Ouïghour-e-s, prétextant qu’elle n’intervient pas dans les affaires politiques. Or, composée de responsables du régime chinois et des instituts Confucius, la délégation est venue expressément pour parler de la situation des musulman-e-s ouïghour-e-s.

Un an et demi plus tard le nouveau recteur Chems-Eddine Hafiz cautionne à son tour les actions du régime chinois en Région ouïghoure, en acceptant une invitation à une conférence en ligne. La conférence, intitulée « le Xinjiang une terre merveilleuse » (新疆好地方) était menée par l’ambassadeur chinois à Paris, Lu Shaye 卢沙野. Le titre de la conférence renvoie à une chanson « rouge », parfois titrée « Notre Xinjiang est une terre merveilleuse » (我们新疆好地方). C’est une chanson de propagande qui vante les mérites de la région et la dépeint comme un lieu idyllique à vendre aux touristes venus de Chine intérieure. Elle est aussi chantée lors de chaque événement officiel organisé par les autorités en région ouïghoure. 

La conférence est intervenue après de nombreuses fuites de documents attestant de crimes contre l’humanité en cours en Région ouïghoure. Elle vient également à la suite de la publication de témoignages de rescapé-e-s, dont deux vivaient alors en France. Les discussions au sein du Parlement français sur la possible nature génocidaire des actes perpétrés par les autorités chinoises à l’encontre du peuple ouïghour étaient déjà bien amorcées. Encore, un mois avant cette conférence se tenait la première série d’audiences du Tribunal ouïghour de Londres, un tribunal d’opinion qui, en décembre 2021, statua qu’un génocide était en cours en Région ouïghoure.

 
C’est dans ce contexte que le recteur de la Grande Mosquée de Paris a décidé d’assister à la conférence de propagande du régime chinois, où était notamment présenté un discours de Jarulla Hisamidin, Vice-Président du gouvernement de la Région autonome ouïgoure du Xinjiang, qui a « témoigné » que tout allait bien dans la région et que « la population multiethnique a un sentiment de satisfaction, de bonheur et de sécurité toujours plus grand ». Il a aussi affirmé que « des progrès sans précédents ont été établis dans le développement économique et social et l’amélioration du bien-être de la population ». Le fait de parler de « population multiethnique » et de mettre l’accent sur cette caractéristique est une spécificité du discours chinois sur la région. Nous vous invitons à consulter la rubrique « Propagande » dans notre Encyclopédie ouïghoure pour en savoir plus. 

Suite à des interpellations sur les réseaux sociaux, la Grande Mosquée de Paris s’est défendue de ses actions à travers un communiqué de presse dans les jours qui ont suivi. 

C’est seulement quelques mois plus tard que le recteur Chems-eddine Hafiz a invité Dilnur Reyhan et Gulbahar Jelilova pour enfin entendre les témoignages des premier-ère-s concerné-e-s par la répression et les plus aptes à en parler. Il a aussi profité de l’occasion pour s’expliquer de nouveau ainsi que pour s’excuser auprès de la diaspora ouïghoure. Il a expliqué qu’en tant que responsable musulman, il lui a semblé juste de contacter les autorités chinoises pour leur demander des explications à propos de la situation ouïghoure. Il s’est dit peu convaincu par les documents qui lui ont été remis par l’ambassadeur chinois, censés expliquer ce qui se passe en Région ouïghoure. Il s’est avéré qu’un des documents en question était le livre de Maxime Vivas, compilation d’éléments de propagande du régime chinois et d’erreurs historiques.

A l’issue de la réunion le recteur a assuré à Dilnur Reyhan et Gulbahar Jelilova que ses sympathies reposaient du côté des opprimé-e-s. Il a également déclaré son soutien et promis de futures collaborations avec l’Institut ouïghour d’Europe et sa présidente, afin de pouvoir lutter contre le génocide en cours. 

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